Burn out : est ce qu’un jour on s’en sort?

Le titre peut sembler racoleur et la réponse facile à apporter: bien sûr qu’on s’en sort. Sauf que ces cinq mots ne font pas avancer le schmilblick et que cette question je me la pose tous les jours.

Cela fait maintenant seize mois que j’ai quitté ma tour de verre et que ma vie a pris une toute autre direction. Seize mois depuis lesquels je ne suis que très rarement retourné à La Défense (deux, peut-être trois fois pour déjeuner avec d’anciennes collègues). Quatre cent quatre vingt huit jours (à peu près) que je n’ai pas eu à prendre le RER à l’heure de pointe. Que tout ceci est derrière moi. Et pourtant…

Pourtant il y a quelques jours lors d’une réunion de rentrée à la maternelle j’ai senti venir la crise d’angoisse parce qu’une maman à côté de moi portait le même parfum qu’une ancienne collègue. Ce parfum m’a instantanément ramenée dans mon open-space. Et avec ce souvenir est remontée tout le stress et le mal être que je ressentais à l’époque.

Je travaille chaque jour pour ma petite boîte à moi mais je suis consciente que je ne pourrai pas en vivre tout de suite et qu’il va donc falloir que je reprenne le chemin d’un emploi salarié. Travailler n’est pas un souci en soi, sauf lorsque je pense qu’il va falloir de nouveau prendre les transports. Faire partie d’une équipe, ou en tous cas un groupe de personnes qui se fait appeler ainsi, et dans lequel malgré mes efforts je risque de ne pas m’intégrer. Que je vais de nouveau avoir un supérieur qui aura toute liberté pour me demander des choses que je ne sais pas faire et de les attendre pour hier.

Je te vois venir, comme toutes les personnes auxquelles j’en ai parlé tu vas me répondre, mais non, tu sais ce n’est pas comme ça partout. Ce n’est pas parce que tu as eu une mauvaise expérience que ça va se reproduire.

Certes. J’entends tes arguments.

Sauf que… Pendant des années j’ai juste eu l’impression d’être la dernière des merdes. Qu’aucune de mes tentatives pour faire bouger les choses n’a changé quoique ce soit. Que certaines m’ont même enfoncée encore un peu plus. Que j’ai essayé de faire de mon mieux: travailler sur des sujets sur lesquels je n’ai pas été formée, faire des heures que je n’étais pas supposée faire, me retrouver équipée d’un blackberry parce que sinon la gestion de l’enchainement des réunions et la gestion des mails était impossible.

Ma capacité de concentration a fini par être réduite à néant. Lire un document d’une page relevait parfois de l’exploit. Et je parle de lire, pas d’en comprendre le contenu.

J’arrivais au bureau le matin avec l’impression d’en être partie seulement quelques heures plus tôt, ce qui parfois n’était pas totalement faux quand je partais à 19h30 ou 20h et que j’étais de retour à 9h. Ma vie ne tournait plus qu’autour de ce boulot, et encore j’étais à 80%!

Le jour où ma vie m’a parue trop lourde à porter, où je ne trouvais plus la force de faire face et que c’est l’idée de ne pas pouvoir faire ça aux filles qui m’a raisonnée j’ai eu peur. Vraiment.la rochelle

Aujourd’hui? Je me sens totalement incapable de me « vendre » à un employeur potentiel. Remarque déjà avant de me vendre en entretien il faut trouver où postuler et arriver à attirer l’attention du recruteur. Je ne vois pas ce que je peux faire valoir comme compétence. Si remarque, je parle bien anglais, c’est la seule chose qu’on ne m’a jamais retiré.

Je discutais il y a quelques temps avec une amie RH qui me disait que telle qu’elle me voyait j’avais un certain nombre de qualités, dont elle m’a fait une liste non exhaustive, à mettre en avant. Sauf que moi tout ce que je vois c’est une fille qui n’a pas su s’adapter aux différents postes qu’elle a eu, qui n’a pas donné satisfaction à ses supérieurs, qui ne s’est pas intégrée dans les équipes. Lorsque je fais une erreur, si minime soit elle, j’ai l’impression d’entendre une ancienne collègue dire « elle a encore fait n’importe quoi… »

Je me sens tellement incapable.

J’ai vécu cette situation pendant un peu plus de huit ans et je crois que je suis vraiment durablement abimée. Plus d’un an après on pourrait penser que ça va mieux, mais non. D’où mon interrogation, est ce que ça ira mieux un jour? Est ce qu’après tout ça un jour on cesse de se sentir aussi mal?

Mon héroïne? Sigourney Weaver dans CopyCat qui vit sans sortir de chez elle (le serial killer à ses trousses en moins 😉 ) Me confronter au monde dans un cadre professionnel est tellement angoissant.

Je ne cherche pas les messages d’encouragement (même si c’est très sympa hein) car une des composantes du burn-out (comme de la dépression) est de perdre son objectivité. Si on arrivait à la conserver on ne tomberait pas dans ces pièges. Non, je voulais juste partager ces pensées, ces questions qui occupent mon esprit. On voit souvent des reportages, des articles sur les causes du burn-out mais je n’en ai pas vu/lu beaucoup sur l’après, sur la nécessaire reconstruction.

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9 Comments on “Burn out : est ce qu’un jour on s’en sort?”

  1. Oh la la… Si tu étais si mauvaise que ce qu’on a bien voulu te faire croire, ils ne t’auraient pas gardé 8 ans!!
    Certaines personnes sont juste incapables de faire ressortir ce qu’il y a de bon chez les autres et préfèrent les dénigrer mais le problème vient d’eux, pas de toi!

  2. Se remettre d’un burn-out est long, le chemin est parsemé d’obstacles. Parfois on se sent de nouveau capable et puis on rechute. Ca me fait penser à des vagues… Mais oui, il est possible de se reconstruire ! Avec du temps, de la patience et de la bienveillance 🙂 Reprendre confiance en soi, en ses capacités, retrouver le gout de faire des choses qui nous plaisent, se faire plaisir, créer. Il faut parfois chuter pour mieux courir, mais vous êtes pleines de ressources ! Prenez votre temps !
    https://la-parenthese-psy.com/

  3. Hello ! Ton témoignage me touche.. j’étais au bord du burn out (et même du bore out). Je ne sais pas si on s’en remet totalement, c’est certain qu’il faut du temps. Il faut aussi trouver un nouvel emploi avec des personnes plus humaines qui croiront en tes compétences (et je suis sûre que tu en as !). Est-ce que tu as parlé de tout ça avec un psy par exemple ? Ça peut aider.. j’espère que tu confiance en toi !
    Claire

  4. Maintenant il faut se reconstruire pour mieux affronter l’avenir! Je sais c’est plus facile à dire qu’à faire… Malheureusement nous vivons dans un monde de requins où l’humain passe après. A moins de vivre en totale autonomie il est difficile d’être tranquille sans problèmes. Il y a plusieurs niveaux de problèmes et personnes ne réagi de la même façon face au même problème. Le plus difficile aujourd’hui est de trouver du soutient car il est plus facile de critiquer que de féliciter.
    Pour conclure je n’ai qu’une chose à dire : On emmerde le monde et chacun est comme il est, avec ses défauts et ses qualités même si l’on croit souvent que l’on n’a pas de qualités ce qui est totalement faux, sinon personne ne t’aimerait ce qui n’est pas le cas 😉
    Courage.

  5. Et si tout simplement c’était ce boulot qui n’était pas fait pour toi ? Après cette très mauvaise expérience, dans une grosse boîte qui n’en a rien à faire des conditions de travail de ses salarié·e·s, qui se fiche bien de savoir s’il y a une vie de famille derrière chaque personne qui se donne à fond dans son boulot, tu sais déjà ce que tu ne veux plus subir. Et ça, c’est déjà une très bonne chose.
    Travailler, c’est donner du sens à quelque chose que tu as au fond de toi, à ce que tu as envie d’apporter aux autres, à la société. Ce n’est pas perdre ses valeurs, sa santé, sa motivation, sa confiance en soi.
    Alors certes, tu as fait des études pour exercer ce métier, tu as de l’expérience dans ce métier mais il t’a détruite. Alors tu vas prendre un papier et tu vas noter ce qui est important pour toi dans un boulot. Qu’est-ce que tu as envie de faire vraiment ? Est-ce que le salaire est quelque chose de très important ou vaut-il mieux accepter une baisse de revenu et faire quelque chose dans lequel tu te sentiras à ta place ?
    C’est facile à dire mais ça sera difficile à faire. Alors n’oublies pas qu’il y a des structures qui peuvent t’aider à réfléchir à ton projet professionnel et si tu as des questions, n’hésites pas à venir me voir, c’est un peu mon boulot à la base (12 ans de conseil en bilan de compétences 😉 )
    Bon courage parce qu’il va t’en falloir pour te reconstruire après tout ça mais même si tout cet équilibre est fragile en ce moment, tu as la force en toi.

  6. Je ne sais pas quoi te dire si ce n’est (et tu le sais déjà) que ton parcours ressemble malheureusement au mien.
    Comme toi je suis a priori incapable de m’intégrer dans une équipe. Ou peut-être ne suis-je tombée que sur des équipes de merde. Nous ne le saurons jamais.
    En tout état de cause, j’ai moi aussi été abimée par des collègues odieux et méchants. Par des patrons sans scrupule et sans coeur.
    Moi aussi j’ai connu les crises d’angoisse, le harcèlement moral. Et puis la descente aux enfer qui aujourd’hui fait que je n’ai pas une once de confiance en moi. Qui fait qu’aujourd’hui je ne VEUX pas retourner travailler parce que je ne veux pas y laisser ma santé.
    Je sais, comme toi, qu’apparemment ce n’est pas partout comme ça…. Mais bon, 3 boites sur 3 ont été comme ça, alors j’ai des doutes. De gros doutes !
    En tous cas je te souhaite du courage et je te souhaite surtout de trouver ta place. Moi je n’y arrive pas. Je t’embrasse.

  7. C’était il y a 3 ans pour moi. La clé c’est la confiance en soi. Je suis comme je suis et s’ils ne sont pas satisfaits de mon travail c’est pareil. Depuis que je raisonne comme ça, que je reste positive, on me fout la paix. Il y a quelques rechutes mais je sais que je ne suis pas nulle et c’est tout ce qui compte!
    ps: faire une formation permet de se rendre vraiment compte qu’on est capable de beaucoup et c’est très stimulant, peut être une piste pour toi?
    Bises!
    Marion

  8. Avant d’y arriver, j’ai décidé de démissionner. Je ne parle pas des horaires mais de cette impression de ne plus savoir faire quoi que ce soit. Je n’ai plus de vocabulaire, je ne sais plus entamer une conversation, je me sens inutile de partout. ..
    En tous cas bon courage à toi et demain est un autre jour, et à chaque jour suffit sa peine
    Je t’embrasse

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