Ma dépression et moi

Il y a quelques mois lorsque je parlais de mon opération, de mon hospitalisation et des suites, on m’a fait remarquer que ce n’était pas très feel good. Alors parler d’un mal qui est aujourd’hui encore entouré de beaucoup d’idées préconçues et de clichés…

En effet, même s’il est parfois appelé par son nom, le cancer est encore souvent qualifié de longue maladie ou de crabe. Par pudeur ou simplement par peur du nom lui même.

La dépression quant à elle est souvent vue comme une maladie honteuse touchant les individus faibles, incapables de faire face. On imagine une personne roulée en boule dans son lit. Qui pleure à la moindre occasion. Triste et négative.

Heureusement qu’il ne s’agit pas d’un produit car il faut bien avouer que ce n’est pas très vendeur vu comme ça… Mais en fait la dépression ce n’est pas (que) ça.

Et j’ai finalement vraiment eu envie d’en parler car je sais que je ne suis pas la seule à en souffrir et qu’il est souvent difficile d’en parler, de s’en ouvrir aux autres. Il y a la crainte, plus ou moins justifiée de ne pas être comprise, d’être juste catégorisée malade mentale. Et puis, ce n’est pas très drôle d’être avec quelqu’un qui ne va pas bien.

Selon mon expérience on peut être, si ce n’est rejetée (quoique…), en tous cas non soutenue voire carrément abandonnée par des personnes de sa propre famille qui ont eux même été malades et que l’on a soutenu quand ils en avaient besoin…

La dépression est une maladie mal comprise et parfois mal admise, y compris par ceux qui en souffrent. Il a fallu plusieurs mois à mon psy pour me faire accepter de prendre les médicaments qui pourraient m’aider. Je voulais m’en sortir seule. Accepter les médicaments étaient accepter ma faiblesse. « Si les autres y arrivent je dois pouvoir le faire! » me disais-je. Sauf qu’au lieu d’avancer vers un mieux être je m’épuisais à essayer de garder la tête hors de l’eau.

Même si cela n’a pas été facile j’ai accepté cette bouée que l’on me tendait.

Aujourd’hui partout sur les réseaux, dans les livres, les magazines, on nous vend le Feel Good, la positive attitude, comme une injonction à être bien, à s’accepter. Et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour savoir que c’est compliqué. 

Comme le dit Jessie J dans Who you are, it’s ok not to be ok.

La dépression est une maladie avec laquelle on vit, souvent longtemps. On gère au quotidien et cela demande beaucoup d’énergie mais elle ne m’empêche pas de vivre.

Je n’aime pas coller des étiquettes, mais je crois pouvoir me qualifier d’hypersensible. Les malheurs des autres sont souvent les miens. Je suis une éponge et ça ne m’aide pas vraiment. J’ai beaucoup de mal avec le fameux lâcher prise. Les choses me touchent beaucoup plus qu’elles ne le devraient. Et me blessent, beaucoup trop.

Chacun a son histoire, a vécu ses épreuves, et j’admire ceux qui semblent gérer. Ceux qui conservent une certaine paix intérieur. Chez moi c’est plutôt l’ouragan. Pas d’apitoiement sur mon sort, j’ai plutôt tendance à verser dans l’auto-flagellation. Et dans l’interrogation aussi. Parce que je dois avouer que souvent je ne comprends pas le monde dans lequel j’évolue. Et sans l’incriminer, j’en arrive plutôt à la conclusion que c’est moi qui ne suis pas adaptée.

Mais tout ceci ne m’empêche pas d’avancer. De chercher des solutions. D’avoir des projets.

J’essaye, comme beaucoup, de composer au jour le jour. Même si pour cela je suis aidée par des médicaments ainsi qu’un suivi médical. Être écoutée par des personnes bienveillantes et neutres ça fait beaucoup de bien. Des personnes qui n’ont pas d’affect et donc une certaine objectivité.

Car, je disais plus haut que je n’étais pas du style à m’apitoyer, si j’admets que j’ai besoin d’aide pour gérer, ma hantise est de refaire l’histoire et de me victimiser. Très peu pour moi le rôle du Caliméro.

Lorsque je travaillais encore dans la grande entreprise et que j’étais au bout du rouleau, cela m’a fait un bien fou que mon psy me dise qu’avec tout ce que j’avais traversé il était normal de craquer. Cela ne venait pas de mon mari ou d’une amie, mais d’une personne qui faisait juste un constat neutre.

Aujourd’hui, malgré une année 2018 plus que compliquée (j’en ai notamment parlé ici et ) qui a laissé de sacrées marques, j’essaye d’avancer. J’ai eu la chance de trouver un emploi grâce auquel je me sens utile. Que je fais sans boule au ventre. J’essaye de me concentrer sur Jiminy, mes poupées et une toute petite poignée d’amis proches qui ont toujours été là et qui m’acceptent avec mes hauts et mes bas. Et à l’inverse de m’éloigner de ceux qui me font me sentir mal, pas à la hauteur ou qui mettent du citron sur les plaies (directement ou par complaisance).

Car ces expériences passées ont laissé des séquelles avec lesquelles je compose. J’ai par exemple l’impression d’avoir l’énergie d’un macaroni trop cuit. J’ai parfois des soucis d’organisation, il m’arrive de vérifier mon agenda dix fois et malgré tout de me tromper d’horaire ou de jour pour un rendez-vous.

Par exemple cette semaine j’avais pris un rendez vous pour vendredi matin. Sauf qu’en fait je travaillais vendredi matin. Donc j’ai déplacé le fameux rendez-vous. Le lendemain je me suis dit Chouette je n’ai rien vendredi matin, je vais aller chez le coiffeur. J’ai pris rendez-vous. Et puis j’ai dû le déplacer… Voilà. Ça c’est moi. Je suis déjà fatiguée, je préfère ne pas savoir l’énergie que je perds à raccrocher les wagons et réorganiser mon quotidien après des boulettes de ce genre.

Certaines tâches me semblent insurmontables. J’ai parfois des soucis de concentration. J’ai besoin de relire un texte plusieurs fois pour bien comprendre (moi qui suis juriste de formation et avais l’habitude de jongler avec des textes écrits pour n’être compris que par les initiés…). C’est dur. Il parait que ces séquelles d’années de stress à haute dose disparaitront, un jour…

Alors voilà, je suis L. j’ai 37 ans et je suis dépressive. Je prends des médicaments mais je fais aussi de la sophrologie et du yoga. Je vis, j’ai des projets, une vie sociale, je fais du sport, etc… Je suis même à peu près sûre que certaines personnes qui ne me connaissent pas plus que ça sont loin de s’en douter. Car il faut également dire que la personne dépressive est souvent très bonne actrice. Il faut faire bonne figure. Faire comme si tout allait bien, que tout était normal, que la bataille ne faisait pas rage à l’intérieur.

Si vous lisez ces lignes et que vous vous y reconnaissez, n’ayez pas peur de demander de l’aide. Je sais que ce n’est pas facile, mais je vous assure que cela fait du bien d’être écoutée sans être jugée. Quelle que soit la raison de votre mal être.


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7 Comments on “Ma dépression et moi”

  1. oh j’ai tellement envie de te faire un calin en lisant tes mots pour tes maux… je me reconnait tellement à travers ce que tu décris d’hypersensibilté et d’auto flagellation, de constante remise en question. Félicitations d’en parler avec un billet si transparent, ça va aider beaucoup de tes lecteurs j’en suis sure. Et tout plein de gros gros bisouscalins

  2. Je me reconnais énormément dans tout ce que tu as écris et je te comprends tellement…
    Je n’ai pas un parcours facile, j’ai eu des gros chocs psychologiques dans ma vie…
    C’est vrai qu’on a tendance à vite absorber le stress, la méchanceté des autres. Hypersensible, hyper émotive, je pense qu’on en arrive là à force de subir trop de stress, de gérer trop de choses… Comme un burn out!
    J’ai des épisodes aussi avec les changements de saison et je suis quelqu’un de très nostalgique…
    Pourquoi ? Je ne sais pas… Le temps qui passe, qui m’échappe me fait peur…
    Il ne faut pas avoir honte de la dépression. Le bonheur constant n’existe pas. Il faut des bas pour apprécier les hauts… Et surtout, cela peut arriver à tout le monde de « lâcher » par fatigue. Rien de plus normal. Je pense qu’on la diabolise car on est dans une société en quête de perfection, de bonheur, où l’on ne s’arrête jamais sinon on est exclu… Ceux qui ont bon dos trop longtemps craquent, c’est tout ! Bisous et prends soin de toi.
    J’ai été mal tout l’été et je vais mieux. Ma cure de magnésium me fait du bien il faut dire. N’hésite pas à en prendre, ça fait du bien

    1. Merci. Je me reconnais aussi tout à fait dans ta peur du temps qui passe. Je vis dans la nostalgie du passé, l’angoisse de l’avenir et j’en oublie le présent. Lorsqu’il se rappelle à moi c’est souvent parce qu’il est trop pesant.
      Tu as tellement raison sur la société qui nous pousse à la performance en permanence.
      Je vais peut être tenter le magnésium aussi, j’en parlerai à mon psy.

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