Ma cicatrice et moi, ça fait deux mois

Deux mois et un jour pour être précise.
 
Le 12 septembre dernier je passais 5h sur une table d’opération.
Pourquoi ?
Il y a quelques années, lors d’un scanner pour trouver la cause de douleurs au dos, on a découvert que j’avais un kyste dans l’abdomen. Aucun lien avec les douleurs au dos, non vascularisé et apparemment bénin.
Depuis on le surveillait régulièrement. Jusqu’à cet été où le scanner a révélé qu’il avait grossi et atteint une taille critique. Mon médecin m’a orientée vers un gastroentérologue qui m’a préscrit une écho endoscopique (par la bouche) pour en savoir plus. Rendez vous donc un jeudi pour faire l’examen en ambulatoire sous anesthésie générale.
Résultat
Le kyste est encore bénin mais ne va pas le rester. Il faut l’enlever. Le chirurgien qui a fait l’echo m’a pris rendez vous pour le lendemain matin, vendredi, avec son collègue qui va m’opérer.
À partir de là tout s’enchaîne. Le vendredi au cours du rendez vous je demande si l’opération peut être pratiquée sous cœlioscopie mais le chirurgien me dit qu’en l’occurrence il préfère ouvrir. En même temps en y réfléchissant vu la taille du kyste j’aurais dû penser que ce ne serait pas possible. Il m’annonce une hospitalisation d’une à deux semaine et me propose un créneau. Le mercredi suivant !
Ok… Au moins je n’aurais pas le temps de trop stresser. Bon, je reste moi, donc le stress est forcément là.
 
 
Le jour j
Douchée à la Bétadine je revêts mes habits de lumière: blouse ouverte dans le dos, culotte, chaussons et charlotte en papier jetables. Je suis emmenée au bloc. Mes bras sont mis en croix. Picotement dans la nuque et tout ce dont je me souviens en suite c’est d’apercevoir Jiminy lorsqu’on m’a remonté dans ma chambre. Bonheur.
Bien sonnée par l’anesthésie, il m’a fallut un moment pour prendre conscience du tube à oxygène dans mes narines, de la taille de la plaie sur mon ventre, de la présence du drain sur mon flanc et de l’incroyable tuyauterie de perfusions reliée à mon bras.
Les jours suivants ont été assez compliqués
Sous haute surveillance, une machine prenait ma tension toute les trente minutes. Je devais rester « à jeun strict » c’est à dire que je ne pouvais pas manger, mais je ne pouvais pas boire non plus. Pour la première fois de ma vie j’ai réalisé combien la faim et la soif peuvent être douloureuses. Il faut dire aussi que j’ai mis un moment à me rendre compte que je ne supporte pas la morphine, qu’elle me donne des nausées. Quand j’ai arrêté d’en prendre ça a été mieux.
Après six jours la surveillance a été plus légère.
Et finalement je suis sortie.
Au bout de 16 jours.
De retour chez moi avec juste une ordonnance pour du Dafalgan, j’ai filé chez mon médecin qui m’a prescrit des analyses de sang et des soins pour ma cicatrice.
Les analyses de sang étaient tellement mauvaises que le laboratoire ne m’a pas envoyé tout de suite les résultats mais m’a appelée avant… Le même jour j’ai passé une echographie (pour observer la cicatrisation de mon pancréas). A peine l’examen fini, l’échographiste m’a dit de filer aux urgences.
C’est comme ça que six jours après être sortie j’étais de retour à l’hôpital
Je te passe les détails de ma soirée aux urgences et de mon arrivée en chambre double à 23h30 sans avoir dîné (ni déjeuné puisqu’il fallait être à jeun pour l’échographie).
Le lendemain matin scanner. L’après-midi nouvelle intervention pour tenter de stopper l’infection. C’était ma troisième anesthésie générale en quelques semaines.
Pour commencer à traiter sans attendre les résultats de la bactériologie, on m’a passé en perfusion trois antibiotiques différents, trois fois par jour.
Lors de ma première hospitalisation ma petite Maman était venue. Elle pouvait donc me rendre des visites et s’occuper des filles lorsque Jiminy venait à l’hôpital. Pour cette seconde fois Jiminy était seul. Ses journées consistaient donc à gérer les filles, les déposer à l’école, aller travailler, me rendre visite sur l’heure du déjeuner, travailler, aller chercher les filles et les gérer puis faire les cartons pour le déménagement.
De mon côté je me sentais inutile, j’avais peur et je me sentais seule.
J’étais tellement à cran qu’à chaque fois que quelqu’un frappait à la porte de ma chambre j’avais l’impression d’avoir mis les doigts dans une prise électrique. Sachant qu’à l’hôpital les gens frappent pour la forme car ils entrent directement et que si certains soignants sont attentionnés d’autres le sont beaucoup moins. Se faire réveiller par un néon en pleine figure à deux heures du matin pour changer la perf, alors qu’il y a une veilleuse moins puissante et beaucoup moins agressive, était parfois assez violent.
Et la présence permanente de la peur
Cette peur que les choses ne s’arrangent pas. De passer d’autres examens. D’être de nouveau opérée. De nouveau les bras en croix. Les picotements dans la nuque. La salle de réveil. Les perfusions. Les veines qui finissent par éclater, fatiguées d’avoir vu passer trop de produits (trois perf d’antibiotiques trois fois par jour, solution d’hydratation, anti-douleur, calmants, etc. Je préfère ne pas compter). La sensation que l’on ne sera plus jamais en bonne santé.
La deuxième hospitalisation a été beaucoup plus difficile que la première.

Et puis finalement après 3 anesthésies générales, 2 interventions (dont une de 5h), 6 scanners, 2 infections et 27 jours d’hospitalisation au total, je suis rentrée chez moi.

Aujourd’hui les indicateurs semblent indiquer que je guérie. J’espère que le scanner de contrôle prévu le 20 novembre le confirmera.

Repenser à ces 27 jours est encore douloureux et j’avoue en avoir un peu honte. Même si physiquement je n’ai pas encore complétement récupéré et que mon régime alimentaire est encore adapté, tout ceci est derrière moi maintenant (j’espère).

cicatrice

Nous voici donc, ma cicatrice et moi. Plusieurs personnes ont tenté de me rassurer à son sujet: elle est belle, elle va s’estomper, on ne la verra presque pas. Mais tu sais quoi? Je l’aime bien moi, ma cicatrice. Un peu comme mes vergetures de grossesse, elle fait maintenant partie de moi. Elle est là. Elle a une histoire. J’ai quand même perdu un bout de pancréas pour l’avoir! 😉


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6 Comments on “Ma cicatrice et moi, ça fait deux mois”

  1. C’est ça ce sont des blessures de guerre pour se souvenir de ces moments difficiles quand la vie est plus douce…

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